Éducation à la maison version Montessori

Comment gérer les conflits au sein de la fratrie ?

 

J’ai encore des souvenirs très vifs de mes nombreuses disputes et bagarres avec mon frère lorsque nous étions enfants. Bien que nous nous aimions beaucoup et partagions énormément de temps ensemble, il nous arrivait très souvent, même en étant grands de nous mettre en colère l’un et l’autre.

Lorsque Charlie, notre deuxième enfant, était petit, je me souviens avoir repensé à mon enfance avec mon frère et avoir eu peur d’assister à cela entre mes enfants. Au fil de mes lectures, j’ai appris quelques conseils et voici ceux que je veux vous donner aujourd’hui pour éviter les conflit entre vos enfants.

Lorsqu’un conflit éclate

Essayez au maximum de laisser vos enfants résoudre leurs problèmes par eux-même.
Nous pouvons rester en retrait en observant de loin ce qu’il se passe et n’intervenir que si cela semble nécessaire en endossant le rôle du médiateur.

Je vous conseille de ne pas devenir juge de la situation en déterminant qui est coupable. Chacun a son point de vue et sa version des faits. Ils doivent sentir que nous sommes présents pour les soutenir. Je vous propose par exemple de décrire ce que vous avez compris du conflit et leur faire confiance pour trouver une solution.

Lors d’un conflit entre mes enfants, si j’ai à intervenir, j’emploierai des phrases du style :
“Je vois deux enfants qui se disputent pour le même jouet. Je sais que vous êtes capables de régler cela de manière intelligente.”
Si aucun ne vient avec une solution je rajouterai :
“Camille, quel autre jouet pourrais-tu prêter à Charlie pour que vous puissiez jouer ensemble à la même chose ?”

Essayez de décrire, de nommer les sentiments sans prendre parti.

Lorsqu’un enfant frappe

Camille a dernièrement traversé une phase où elle commençait à taper son frère. Nous intervenions à chaque fois. Nous commencions par écouter Charlie, il venait en général nous dire tout triste que sa sœur l’avait tapé, nous lui faisions en général exprimer son ressenti devant Camille pour susciter chez elle de l’empathie. Puis nous expliquions à Camille qu’il n’était pas acceptable de taper quiconque. Nous lui expliquions calmement sans crier que cela fait mal à Charlie, non seulement physiquement mais aussi dans son cœur. Nous lui disions que si elle avait une chose à dire, à reprocher à son frère, il fallait utiliser ses mots et non la violence car nous n’acceptons pas la violence. Il faut respecter le corps des autres.

Puis nous laissions Camille à son tour exprimer ses émotions, nous avons pas mal discuté, dessiné pour illustrer les différentes émotions ressenties par “l’agresseur et la victime”. Nous lui avons également appris certaines phrases pour se défendre si elle se retrouve elle-même confrontée à des personnes violentes.

Je dois dire que ce qui a le mieux fonctionné, ce sont les dessins. Le fait de voir illustré la scène qui venait de se passer a beaucoup développé son empathie envers son petit frère. Elle comprenait qu’elle lui faisait du mal et cela la rendait très triste. Elle a appris à utiliser ses mots et éprouvait une certaine fierté à venir me dire que malgré le fait que son frère l’avait énervée elle ne l’avait pas frappé et avait réussi calmement à lui expliquer ce qu’elle avait à dire.

Il faut arriver à prendre du recul face à ce genre de situation. En général, un enfant qui frappe le fait car il a du mal à exprimer ce qu’il ressent et le trop-plein d’émotions “éclate”. Il a besoin d’outils, de conseils pour gérer sa colère et trouver une solution alternative.

Décrire les sentiments de chacun

Au lieu de prendre parti et de les laisser penser que c’est toujours le même qui se fait gronder ou que l’on prend toujours parti pour le plus jeune, il est important d’exprimer les sentiments que chacun ressent.

“Je vois que tu es en colère, peux-tu me dire ce qui t’a mis dans cet état ?” “Et toi, tu es triste parce que ton frère s’est énervé après toi ?”

S’ils ne sont pas capables ou trop jeunes pour exprimer leurs sentiments, vous pouvez les aider en formulant pour eux ce que vous pensez être juste et le leur demander “…, c’est bien cela ?”

Réparer

Réparer la relation, c’est une chose importante que l’on apprend en discipline positive. Lorsqu’on est allé trop loin, que nous nous sommes emportés auprès de notre enfant, par des paroles blessantes, il est important, une fois la colère passée, de réparer la relation avec son lui, de demander pardon et d’expliquer pourquoi on s’est énervé. Car si nous nous emportons, il faut bien comprendre que cela ne vient pas de notre enfant mais de nous. Il peut y avoir multiples raisons de s’énerver, les faits, une chose qui nous tracasse, ne pas avoir appris à gérer nos émotions dans certains cas… Le fait de s’excuser rétablit un climat de confiance et de sécurité qui aurait pu être abîmé chez notre enfant.

Si nous prenons cette habitude et que nous nous excusons à chaque fois que c’est nécessaire, alors nous donnons l’exemple. Rappelez-nous que les enfants apprennent principalement du comportement de leurs parents et des adultes qui les entourent. Ils absorbent tout et le reproduisent, le bon comme le mauvais.

Lorsque les tensions sont retombées dans la fratrie après une dispute, on pourra alors demander à l’enfant qui a eu une mauvaise réaction d’aller réparer son action auprès de son frère ou de sa sœur.

Par exemple, s’il a cassé le jouet de l’autre il pourra essayer de le réparer ou donner un des siens. Les aider à faire amende honorable leur permet de prendre leurs responsabilités.

Je ne pense pas qu’il faille le forcer à dire pardon de peur qu’il ne le dise sous la contrainte sans le penser et cela ne serait utile pour personne, ni pour lui ni pour celui qui a été blessé. On peut le suggérer et attendre que cela vienne du cœur. En général, il est préférable de laisser retomber la pression, d’attendre quelques minutes avant de le suggérer, car juste après la dispute, le cerveau est toujours en état de colère, en position d’attaque ou de défense.

Éviter de leur coller une étiquette

“Parce que tu es le plus grand…”
“Il est petit, il ne comprend pas…”
“Tu pourrais prêter à ton petit frère, juste un instant…”

Même si en grandissant on peut leur accorder plus de liberté ou leur donner plus de responsabilités, il est très mauvais pour la relation au sein de la fratrie de les qualifier comme étant “le grand” ou “le petit”, celui qui est doué en math ou en sport, etc…

Cela n’apporte que des rivalités puisque nous même les comparons. Ils ne se sentent pas mis sur un pied d’égalité et cela peut entacher leur vision d’eux-mêmes, leur confiance en eux et développer de l’agressivité les uns envers les autres.

Parfois, il peut leur arriver de se mettre une étiquette eux-même. “Je n’arrive pas à dessiner comme ma sœur, elle sait bien dessiner et moi je suis mauvais.”
Lorsque cela arrive je leur dis que tout le monde ne fait pas les mêmes choses au même moment et que, pour toute tâche, plus on répète l’exercice, plus on s’entraine, mieux on y arrive.
C’est une phrase que je répète souvent en ce moment à Camille qui est très perfectionniste et qui peut être parfois frustrée de ne pas réussir tout de suite quelque chose.

Ne pas tout le temps être équitable

Pour éviter les conflits du type “il en a eu plus que moi…” mieux vaut éviter de toujours donner la même chose, la même quantité à chacun.

Ce n’est pas parce que je passe un moment privilégié avec l’un que je me sens obligée de passer du temps avec l’autre juste après, par exemple. Son tour viendra au moment opportun. Je ne cherche pas à être équitable car je ne peut comparer la relation que j’ai avec ma fille à celle que j’ai avec mon fils. Ils sont tous les deux très différents et je les aime autant l’un que l’autre mais de manière unique.

Et puis compter combien untel a mangé de chocolat pour en donner autant à l’autre… Quelle angoisse ! Ce ne serait que source de conflit.

 

Pour finir, je dirais que la clé la plus importante à mes yeux pour une fraterie heureuse et pleine d’amour c’est l’empathie. Et plus vous le serez vous-même, plus vous montrerez l’exemple et leur donnerez des indices pour les aider à comprendre leurs émotions, plus ils seront attentifs à celles des autres.

“La paix est une science, un art, une culture. Pour Maria Montessori, la paix s’apprend. Dans la construction de la paix il n’est pas de petite chose et de petite échelle : ce qui se joue entre les femmes et les hommes, entre les enfants et les adultes, entre les enfants eux-mêmes, au niveau de la famille, de la classe, du quartier, se retrouve à l’échelle des rapports entre les nations. La tolérance, la capacité à reconnaître que l’autre est à la fois semblable à moi et digne des mêmes égards, et en même temps radicalement différent et digne du même respect, se pose à l’échelle des rapports interindividuels comme à l’échelle des rapports entre les civilisations et les religions. Il n’y a pas de petite échelle pour apprendre l’harmonie, il n’y a pas de petite échelle pour apprendre la tolérance. 
Maria Montessori écrivait il y a soixante ans : « L’enfant a un pouvoir que nous n’avons pas: celui de bâtir l’homme lui-même ».” Pierre Calame, préface de L’Éducation et la Paix, Maria Montessori

Ces conseils je les applique quotidiennement avec mes enfants et j’espère qu’ils vous seront utiles. N’hésitez pas à partager avec nous vos propres conseils ! Et pour que cela puisse être utile à plus de parents, vous pouvez bien sûr partager cet article. 🙂

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1 thought on “Comment gérer les conflits au sein de la fratrie ?

  1. Merci pour cet article, c’est plein de conseils très utiles. Et c’est également en phase avec la parentalité positive 🙂 Tu parles d’étiquettes,, c’est parfois difficile de s’empêcher d’en mettre à nos enfants. Du coup, il grandissent parfois en étant persuadés qu’ils sont maladroits ou encore incapables.

    Pour aider nos enfants à se détacher d’images préconçues d’eux-mêmes, on peut par exemple :
    – Souligner les fois ils sont habiles par exemple.
    – Les mettre dans des situations qui prouvent le contraire “Peux-tu m’aider à visser cette poignée?” à un enfant habituellement maladroit.

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